Emotions difficiles : apprendre à les traverser

Les émotions difficiles — colère, peur, angoisse, tristesse, honte — ne sont pas des obstacles, mais des signaux du corps qui demandent à être écoutés plutôt que analysés. L’émotion n’est jamais un simple état psychologique : elle est un mouvement, une tension, un message physique qui indique où quelque chose doit s’ajuster. Le travail consiste à revenir à la sensation, au lieu précis où ça serre, brûle ou tremble, pour laisser le corps dérouler ce qui doit l’être.

Sommaire :

Image reflétant les émotions dissimulées, la peur de se montrer et la difficulté à accueillir ce que l’on ressent vraiment.

Une expérience corporelle avant d’être une idée.

On présente souvent l’émotion comme quelque chose de « psychologique ». Dans mon approche, l’émotion est avant tout une expérience corporelle :

  • un nœud dans la gorge,
  • une boule au ventre,
  • le cœur qui s’accélère,
  • une tension dans les mâchoires, les épaules, le dos…

A la base, l’émotion est un mouvement dans le corps, parfois très subtil, parfois très puissant. Ensuite, le mental met des mots dessus :

« J’ai peur »,
« Je suis en colère »,
« Je me sens triste »,
« Je suis angoissé(e) »

Ces mots peuvent être utiles, mais ils sont parfois trompeurs. On peut dire « je suis angoissé(e) » depuis des années, sans jamais s’être vraiment demandé :

« Mais concrètement, dans mon corps, qu’est-ce qui se passe quand je dis que je suis angoissé(e) ? »

C’est là que commence un vrai travail sur les émotions.

Émotion, sentiment, humeur : ne pas tout mélanger

Pour simplifier, on peut distinguer :

  • L’émotion : un mouvement intense, souvent court, lié à une situation (colère, peur, joie, tristesse…).
  • Le sentiment : quelque chose de plus installé dans le temps (affection, rancœur, haine, amour…).
  • L’humeur : une « couleur générale » de la journée (morosité, excitation, apathie…).

Les émotions ne flottent pas dans l’air. Elles s’inscrivent dans le corps :

  • la colère peut serrer les poings, crisper le visage, tendre la mâchoire ou le plexus ;
  • la peur peut figer les jambes, tordre le ventre, couper la respiration ;
  • la tristesse peut alourdir la poitrine, fermer les épaules, éteindre le regard ;
  • la honte peut faire baisser les yeux, chauffer le visage, couper la voix.

Quand ces mouvements ne sont pas entendus, le corps compense : tensions chroniques, fatigue, agitation, somatisations… La souffrance émotionnelle devient peu à peu souffrance corporelle et finit par impacter la manière de penser, de décider, de se relier aux autres.

Souffrance, douleur, surcharge : un message à entendre

Dans ma pratique, la souffrance n’est pas un « ennemi » à faire taire. Elle est vue comme un message à entendre :

  • soit quelque chose a été trop demandé à l’organisme (trop de contraintes, trop long, trop fort),
  • soit quelque chose d’essentiel n’a pas été nourri (repos, soutien, authenticité, liberté, etc.).

La douleur — qu’elle soit émotionnelle ou corporelle — indique qu’il y a un déséquilibre.

Le problème, ce n’est pas l’émotion en elle-même, c’est le fait de ne pas l’écouter, de la bloquer ou d’essayer de la contrôler à tout prix.

Représentation du stress chronique et des émotions qui s’enchaînent sans pause, donnant la sensation de tourner en rond.

Ce qui entretient la souffrance : évitement, contrôle, conditionnements

Face aux émotions difficiles, nous avons tous développé des stratégies, souvent très anciennes :

  • Éviter : ne pas penser au sujet, s’occuper tout le temps, se distraire, se couper de son ressenti.
  • Contrôler : se raisonner, se dire « il ne faudrait pas que je ressente ça », « c’est ridicule », « je dois être fort(e) ».
  • Se juger : « je suis trop », « je ne suis pas assez », « je devrais gérer mieux », etc.
  • Rejouer les mêmes scénarios : par exemple, rester dans des relations qui réactivent sans cesse la même douleur.

Tout cela part souvent d’une bonne intention : rester debout, ne pas s’effondrer, survivre. Mais sur la durée, ces mécanismes entretiennent la souffrance au lieu de la traverser.

Le rôle du mental et des « étiquettes » (angoisse, dépression…)

Notre mental a tendance à tout expliquer :
« Je suis angoissé parce que… »
« Je suis dépressif depuis toujours… »
« Je suis jalouse, c’est comme ça… »

Dans ma pratique, on apprend à ne pas se laisser piéger par ces étiquettes. Plutôt que de se perdre dans les explications, je peux vous poser une question simple :
« Quand vous dites “je suis angoissé(e)”, là, tout de suite, où est-ce que ça se passe dans votre corps ?
À partir de là, on quitte le mental pour revenir au réel dans l’instant présent : le corps, la respiration, le ressenti.

Illustration d’une émotion débordante, symbolisant la surcharge intérieure et le besoin de retrouver un apaisement profond.

Le Ressenti thérapeutique est une manière d’accompagner une personne à partir de ce qu’elle ressent dans son corps, et non à partir de ce qu’elle pense de ce qu’elle ressent.

Concrètement, en séance, nous allons :

  • repérer une sensation centrale (parmi parfois plusieurs),
  • lui laisser de la place dans le corps, sans la fuir ni la dramatiser,
  • observer ce qui change quand on lui permet d’exister : intensité, forme, température, mouvement, images, émotions associées…

Il ne s’agit ni de se forcer à « penser positif », ni de se laisser envahir. Il s’agit d’être présent, au plus près de ce qui se passe, dans un cadre sécurisé.

Une manière d’accompagner l’émotion jusqu’au bout

Une émotion douloureuse qui n’est jamais traversée reste en suspens, comme un geste interrompu.

Le Ressenti thérapeutique permet :

  • de laisser le geste se terminer (parfois en larmes, parfois en colère exprimée différemment, parfois en silence),
  • de découvrir le besoin qui était caché derrière (être entendu, se protéger, poser une limite, faire un deuil, dire non…),
  • de retrouver peu à peu un apaisement réel, pas simplement une « technique pour se calmer ».

Parfois, ce travail se fait sur des émotions anciennes : une rage liée à un deuil non accompli, une peur profonde qui date de l’enfance, une culpabilité qui n’a jamais été examinée.

Parfois, il s’agit de situations très actuelles : séparation, burn-out, surcharge au quotidien.

Exemples d’émotions difficiles travaillées en séance

Voici quelques situations que j’accompagne fréquemment :

  • Crises d’angoisse : ventre noué, respiration coupée, impression de perdre pied.
  • Colère ou rage : tension dans tout le corps, besoin de tout envoyer valser, culpabilité après coup.
  • Tristesse profonde : larmes difficiles à contenir, fatigue, impression de vide.
  • Jalousie, haine, rancœur : pensées obsessionnelles, scénarios qui tournent en boucle, corps agité ou crispé.
  • Culpabilité : « je n’en fais jamais assez », « je devrais… », sentiment de faute permanent.

Le but n’est jamais de « supprimer » l’émotion, mais de lui permettre de faire son travail, puis de laisser la place à autre chose.

En RDP, l’émotion a une fonction très claire : Elle arrête la dynamique. C’est comme si, à l’intérieur, quelque chose disait : « Stop. Là, quelque chose ne va pas. Je ne peux plus continuer comme avant. » L’émotion est souvent un “non” inconscient : non à une situation, non à un rythme, non à un rôle que l’on ne veut plus jouer, non à une manière de vivre qui ne nous respecte plus.

Vu comme ça, l’émotion n’est plus un dysfonctionnement, mais un signal de changement.

Retrouver sa dynamique : de l’émotion au changement concret

Traverser une émotion difficile ne s’arrête pas à « se sentir mieux ». Dans l’esprit de la RDP, le travail n’est complet que s’il débouche sur un changement concret dans la vie :

  • poser une limite,
  • prendre une décision restée en suspens,
  • réorganiser son quotidien,
  • sortir d’un rôle figé,
  • avancer dans un deuil, dans une séparation, dans une transition.

Une émotion difficile, vue sous cet angle, devient alors une étape sur le chemin d’une vie plus ajustée, plus vivante. L’enjeu n’est pas de devenir quelqu’un qui ne ressent plus rien, mais quelqu’un qui sait écouter, accueillir ce qui se passe en lui, au service de sa propre dynamique.

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